
… voi ch’entrate

… voi ch’entrate
Un bande de types, un coin sympa, et la musique qui va bien.
Thème de divagation philosophique du jour : Qu’est-ce qui passe dans la tête d’une truite qui se retrouve nez à truffe avec un clebs?
Plus rien ne bougeait sur le bras de la Southbend où Pat avait laissé sa barque dériver jusqu’à s’immobiliser contre la berge. Près du rocher qui marquait la fin du rapide, une quinzaine de mètres devant lui, Rising Bill, la plus grosse cuttthroat de ce côté des Appalaches goba distraitement une émergente de trichoptère. Manifestement, elle le narguait
Pat dégaina lentement sa Leonard, et d’un coup sec du poignet testa la nervosité des 7’6 de bambou. Docile, la soie obéit à son maître. Pat plissa les yeux et fixa les reflets du soleil derrière lesquels Bill était tapis, avec sans doute une étincelle d’ironie dans le regard. Pat rajusta son Stenson.
– Un de nous deux est de trop sur cette rivière, mon ami.
Comme je l’ai déjà écrit dans ces colonnes, 2012 sera l’année de la carpe dans l’univers palm hexagonal : les carnas sont maintenant bien installés dans la liste des cibles. L’intérêt du cyprin susnommé, s’il est besoin de le rappeler, est double : (i) il se pêche avec des mouches (et non pas des plumeaux de 20cm) ce qui, pour ceux qui sont sensibles à la délicatesse du sport et aiment le lancer en général est une bonne nouvelle ; (ii) il peut se prendre en France, et c’est courant, des spécimens au dessus des 5 (motherfucking) kilos (de muscle énervé), et si c’est votre trip vous devriez avoir près de chez vous des occasions de taper au dessus de 10.
10 kilos à la mouche.
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Je vous laisse une seconde pour méditer sur cette perspective.
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Certains auteurs halieutiques, prêts à sacrifier leur réputation sur l’autel de la vérité, confessent aux heures tardivent et après un litre de Glen Rothes que kilo pour kilo, la carpe se bat mieux qu’un saumon.
Le bonefish ? C’est la carpe de mer.
(Vidéo cyiquement pompée sur lemouching)
Une pupe de caddis, une petite grosse (small chunky) qui devrait faire un malheur : elle est si jolie que j’ai presque envie de mordre dedans. Pour ceux qui ne comprennent rien à ce que McPhail raconte (et on vous comprend, faut voir l’accent qu’il trimballe) je voudrais noter deux expressions qu’il utilise si souvent que c’en est presque des tics de langage, et qui à mon avis valent leur pesant de cacahuètes (de cirque).
Autre truc que je trouve excellent : il monte toujours avec une boulette de cire sur l’index, et son fil est toujours ciré. Ça a l’air de faire merveille pour la régularité et la stabilité des spires.
Pour une raison que l’internet refuse de me révéler, le terme mullet, en angliche, désigne aussi un périlleux exercice de style. Je préfère ne pas parler du désastre capillaire associé, catastrophe à l’échelle planétaire, pour laquelle David Bowie porte sans doute la plus grande part de responsabilité. Dans l’univers de la mode, la robe mullet est une de ces tendances qui gagnent du terrain depuis quelques années, bien qu’elle continue à provoquer une certaine perplexité chez ceux qui n’alignent pas nécessairement leurs facultés de juger sur les caprices des tapis rouges. Le concept est essentiellement le même que pour la coupe de cheveux.
Je vous en donne ici une version un peu extrême mais très réussie, du designer libanais Zuhair Murad, en forme d’hommage à John Galliano.

Bien entendu, je m’égare.
Le point, c’est que pour cette saison, y’a sur le feu une session sur les mulets de la ria d’Etel, guidé par le pape de la question soi-même, Jack Muletor, bien connu des anciens de la page mer du forum de Gobages. La chose coïncide avec le démarrage de la section mouche chez les potes de Rodhouse, les meilleurs dealers de carbone de ce côté du Rio Bravo.
Le mulet à la mouche, c’est comme la carpe, c’est un de ces nouveaux Eldorados qui fascinent ceux qui n’ont pas accès aux bonnes eaux pour les cibles habituelles. Alors qu’en ce moment sa vidéo sur la mouche en Bretagne fait le tour de la flyblogosphère, le dénommé Julien nous avait fait l’année dernière une esquisse en image de la version bretonne du malm — expression (c) g0ne qui désigne, au delà d’une gamme ikea, le mulet à la mouche.

July 1904. Ernest Hemingway fishing in Horton's Creek, near Walloon Lake, Michigan. Photograph in the Ernest Hemingway Photograph Collection, John F. Kennedy Presidential Library and Museum, Boston.
As with most sporting literature, there are two principal strains: the how-to and the how-wonderful. Hemingway was aware of this tradition and made significant contributions to both strains in his journalism and his fiction. In fact, a comparison of his fishing journalism with his fishing fiction reveals much about the differences between the two strains and the distinctive nature of the literary kind. Browning considers Hemingway one of the most important figures in the canon of trout literature, claiming that he “bestrides” the stream of that genre “like a colossus” (93). It is not far from the mark to say that Hemingway’s career began and ended with fishing stories: “Big Two-Hearted River” (1924) was the first of his stories to become well known and The Old Man and the Sea (1952) was the last major work to be published during his lifetime.
“Hemingway’s Trout Fishing in Paris: A Metaphor for the Uses of Writing” by Stephen L. Tanner; The Hemingway Review, Vol. 19, 1999.
je ne vois pas d’autre explication au comportement de ce type. Qui se ballade au pays des sandflies à poil ou presque, qui marche pieds nu dans la forêt et sur les cailloux, et qui prend au passage des truites comme le bras.
Kelly Galloup, déjà responsable de la cacahuète de cirque, est un gros malin quand il s’agit de donner un nom à ses modèles de mouches. L’idée (développée dans les pages de Hatches) est en gros que s’il est impossible d’empêcher d’autres compagnies de pomper ses modèles, il peut tout de même leur donner un nom assez frappant pour que même les imitations restent en quelque sorte sa propriété intellectuelle.
C’est malin, incontestablement.
Ce qui est intéressant en revanche, c’est que Galloup a choisi, pour imprimer une marque indélébile à ses créations, d’avoir recours à l’imaginaire — ou au moins au vocabulaire — de la pornographie, celle qui n’implique que très occasionnellement la participation d’un poisson.

Echevelée et scandaleuse
Tout a commencé par une sorte de quiproquo, lorsqu’il inventa une variante de la Blonde, qu’il baptisa innocemment (peut être) et descriptivement (sans doute) la Stacked Blonde, nom dont les connotations évoquent plus facilement la vallée San Fernando que celles de la Blackfoot ou de la Bitterroot. (Une expérience amusante consiste à demander à Gogole image ce qu’il a pour ‘stacked blonde’. La composition du résultat est plutôt rigolote. Attention ! Ne faites pas ça à la maison si vous n’êtes pas un adulte consentant. Et encore. N’oubliez pas que je suis un professionnel entraîné.)
Le nom avait l’air de rester et de marquer, Galloup systématisa un peu ce qui était au départ un accident (je vous épargne la traduction et les explications, je ne voudrais pas faire étalage de mon érudition sur la question) : I-Balz Sculpin, Keller’s Sleezburger, Galloup’s Butt Sump, Galloup’s Barely Legal, Galloup’s Conehead T&A, Galloup’s Zoo Cougar… Un festival. A tel point que le contenu de votre boîte à streamer pourrait bien justifier un classement en catégorie 5 par l’Office Catholique Français du Cinéma. Le plus comique de tous est certainement le fameux Galloup’s SDungeon, dont le nom initial (Sex Dungeon) a dû être modifié par notre bouillant monteur à cause de sa tendance à irriter les filtres à spam, destin qu’il partage avec le B Monkey, où B vaut pour Butt.
Flyporn : la sulfureuse Sex Dungeon (une variante)
Un streamer censuré par un algorithme visant à éliminer les productions d’autres algorithmes visant à instrumentaliser la misère sexuelle pour attirer les mentalement déficients dans des escroqueries en ligne, moi ça m’épate.
Décidément, Philippe Meyer n’a pas tort, nous vivons une époque moderne.
Une technique que je ne connaissais pas pour faire des ailes. Tu me diras, c’est pas étonnant, g0ne, t’y connais rien au montage des mouches. C’est un peu abrupt, mais c’est pas faux. En tout cas, peut être quelqu’un partage-t-il mon ignorance crasse et aura appris quelque chose aujourd’hui.