side project(s) – épisode 3 : ligatures

La confection des ligatures est le seul point un tout petit peu délicat dans le montage d’une canne. Là encore, je passe sur le tuto, il y en a des quantités sur le net, et de très bon. Je conseille en particulier les vidéos, il vaut toujours mieux regarder quelqu’un qui sait faire.

En fait, ce qui m’intéresse ici, c’est un vernis : le Permagloss. La mode actuelle est au Flex-Coat. C’est le produit (ou un équivalent) qu’on trouve en général sur les cannes du commerce, et qui produit ce effet ‘goutte de verre’ que tant de gens apprécient. Moi compris, soyons clairs : c’est propre, c’est lisse, ça donne vraiment une touche pro.

Le souci, c’est que c’est assez lourd comme vernis, d’autant qu’on a tendance a en mettre une bonne couche. Alors sur un projet de fleuret superfin comme celui qui m’occupe, ce n’est pas vraiment le plus indiqué. Et puis bien sûr, il y a cette manie de ne pas vouloir faire comme les autres, c’est ça aussi le TsCC (Trash-style Cheap & Chic).

Permagloss (PG) donc, et on expérimente… Ce qu’on apprend :

  1. C’est un vernis monocouche, qui polymérise au contact de l’humidité dans l’air. Donc à l’ouverture du flacon, la réaction commence à l’intérieur, et il n’y a pas grand chose à y faire : à terme (ça se compte en semaines) le flacon est mort. Cela aide quand même de ne le laisser ouvert que le temps minimum pour verser la dose utile. J’ai de la colle époxy qui a bien six ans maintenant et qui durcit toujours aussi bien aujourd’hui. Pas la peine de rêver garder votre PG une année, une fois qu’il est ouvert.
  2. Le PG est très fluide. Il permet de faire des couches très fines, et il bouche assez facilement les tunnels le long des pieds des anneaux. Penser à insister tout de même à cet endroit. Le résultat donne un aspect mouillé à la ligature, assez proche de ce qu’on avait avec les vernis à l’ancienne sur les canne en bambou. J’adore.

    Première couche

  3. Le PG se travaille en couches fines. Il se pourrait qu’avec un tour à sécher on puisse faire des couche épaisses qui s’égalisent correctement, mais au fond ce n’est pas vraiment l’esprit de ce vernis. Une couche sèche en deux heures (mieux vaut tout de même en laisser six à la première), l’idée est donc de faire beaucoup de couches très fines. Le résultat est alors incomparablement fin.

    Après six couches. On voit bien que c’est trash.

  4. Une couche trop épaisse et des traces de gouttes ? Ça se rattrape au papier de verre très fin (400-600). Poncer délicatement, insister pour éliminer les sur-épaisseurs, nettoyer à l’alcool (ou au moins avec un chiffon humide).
Le résultat est encore moyen sur ce projet. Les ligatures courtes sont impeccables, mais les ligatures décoratives longues sont difficiles à réaliser.

Dix couches

La finesse du résultat est bien au delà de ce qu’on peut faire avec du Flex-Coat Lite, le vernis a très peu d’épaisseur.

Finesse incomparable

Pour ceux qui ont suivi l’épisode 1, vous vous souvenez que j’étais resté sur un problème avec les anneaux. Même correctement distribués, les gros double pattes de diamètre 6 me bousillaient l’action. Je me suis dit baste ! et j’ai récupéré des petits fuji 4.5 monopattes que je réservais pour un autre projet. Le résultat est vraiment beaucoup mieux.
Conclusion : sur les cannes fines en général, et sur le scion toujours, deux grammes de différence c’est tout un monde.
Donc : on n’hésite pas à descendre aussi bas en diamètre que possible sur les anneaux. La limite, c’est la taille des nœuds à faire passer. Il n’y a guère de cas où cela vaut la peine d’aller au delà de 5. Faire les ligatures aussi courtes que possible.

Ultra-léger léger

Et voilà, elle est prête pour le bal…

side project(s) – épisode 2 : poignée

Une fois l’épine trouvée sur le blank et la répartition des anneaux plus ou moins arrêtée, il est temps de monter la poignée. (En fait, il faut d’abord définir la position du moulinet pour positionner les anneaux, mais cela peut se faire avec une ébauche assez grossière.)

Quelques observations sur les poignées.

  1. Design, traditionnelle vs. split. La poignée traditionnelle est continue, de l’avant porte-moulinet jusqu’au talon. A l’usage, il me semble que l’essentiel de cette poignée ne sert à rien : la patine de l’usure se concentre toujours au mêmes endroits.. Il est alors tentant de ne garder que les parties qui travaillent effectivement : form follows function, less is more, et tout ça… Je cherche encore pour savoir qui a inventé ce design, mais de nos jours c’est la rage, on trouve ça sur toutes les cannes à la mode. La plupart du temps, c’est suffisant pour me rebuter, mais là je crois que les raisons techniques (légèreté, économie) et esthétiques sont convaincantes.
  2. Le porte moulinet. Là encore, quelques options. les bagues traditionnelles ne tiennent pas sur un lancer, en tout cas dans mon expérience. A réserver aux fouets légers. Le modèle de base, c’est le plastique Fuji. Un peu moche, mais très fonctionnel. Après, il y a les variantes métal, de plus ou moins bonne qualité. les modèles pour fouet en aluminium anodisé sont très beaux. Très beaux mais très chers (et j’aime bien faire cheap (et c’est pas comme si j’avais trop le choix non plus)). Il y a aussi les Alps triangulaires, dans le trip tackleporn… bref. Ensuite, il y a les divers systèmes Fuji améliorant l’intégration du pas de vis et de la poignée proprement dite. Parce qu’en fait, on met une belle poignée sur une canne spinning, mais 95% du temps on a le porte-moulinet dans la main. Mais pour ce projet là, j’avais sous la main un pm en alu noir, restant d’une paire achetée il y a longtemps pour un fouet soie #7 destiné à la mer (ladite canne est morte au front, reprogrammée en spinning comme j’aime à le faire. Elle avait pris de beaux brochets (84cm max) mais c’est une autre histoire).
  3. La matière. Liège vs. EVA. Pendant longtemps, les poignées synthétiques (hyplon, eva, etc.) étaient synonymes de qualité inférieure. C’est encore complètement le cas pour les fouets. Et puis les modes changent, et de nos jours le haut de gamme c’est toujours poignées noires et bagues décoratives en alu coloré, l’exemple classique étant la production japonaise, dans le style Matagi. Sur catalogue, on dirait un peu du tuning moto… Bref, soit j’ai déjà une génération de retard (ce n’est pas ma théorie préférée), soit (j’aime mieux) on peut dissocier le ‘cool’ du streetfishing et l’esthétique des sports mécaniques. La France manque encore d’un mouvement de Streetflyfishing, urbain-punk et bambou refendu… Quoiqu’il en soit, mes poignées restent résolument liège.
  4. Le liège (encore). Un aspect sympathique du liège, au delà de la douceur de son contact, c’est la facilité du travail au tour.
Le moment est choisi pour introduire la façon de la maison, le trash-style cheap & chic.  TsCC, histoire de faire un logo. ^_^

Méthodes TsCC (1) : tourner une poignée en liège

Les éléments principaux (d’un autre projet)

On utilise des rondelles de liège. Naturel, burl, brûlé, teinté, etc. On commence par décider de l’ordre des rondelles en fonction des couleurs. Ensuite on ajuste le diamètre intérieur de l’ouverture des rondelles au blank. Une par une, dans l’ordre, à la lime ronde. On peut le faire au reamer aussi, mais je préfère y aller lentement, à la main. Une fois les rondelles adaptées au blank, il faut les coller. Une tige filetée sert de base. On commence par une paire de boulons et une rondelle. Rattraper la différence entre le diamètre intérieur des rondelles et celui de la tige au scotch de peintre. Mélanger l’époxy. On alterne une rondelle, époxy, rondelle, etc. On finit par une rondelle et deux boulons, on serre (mais pas trop) et on laisse reposer six heures.
Une fois la poignée collée, il suffit d’insérer la tige dans le mandrin de la perçeuse et voilà un tour. Vitesse de rotation moyenne. Trois grains de papier de verre : 100, 150, 400. Soit on travaille avec une cale à poncer, soit directement à la main (je préfère). Travailler lentement, vérifier souvent la correspondance des diamètres avec les autres éléments (le PM par exemple). Dégrossir, affiner, et finir au 400. Attention aux différences de dureté entre les différents lièges, et surtout l’époxy. Si on n’y prend garde, le liège se creuse entre deux points durs.

Cheap & Chic

Je passe sur la méthode de montage, il y a de nombreux tutos en ligne, souvent très bons (en particulier pour les anglicistes). Restent deux remarques de détails tout de même.

  1. Le pommeau de la canne. Important pour l’équilibre, parce que c’est une partie de la canne qui en voit de toutes les couleurs, et aussi pour des raisons d’esthétique. Le fashion tip qui tue, signé TsCC : un bouton de tiroir. Même pas deux euros chez LM. C’est livré avec une vis. Couper la tête à la pince. coller la tige dans le pas de vis en laissant dépasser au moins deux centimètres. Rattraper la différence entre la vis et le diam intérieur du blank au scotch de peintre. Coller à l’époxy dans le blank avant de coller la poignée.
  2. Les bagues décoratives. C’est purement cosmétique, mais bougrement important. TsCC oblige, on fait dans le pvc. Super pas cher, et tolérant aux imprécisions de diamètre, à coller directement sur le liège à la cyanoacrylate. Evidemment, l’aluminium c’est plus sympa, et la grande classe c’est le nickel/argent et pourquoi pas l’argent massif. Si je pouvais (et que je n’étais pas le pape du TsCC) je le ferais.

Duborgel

Il y a chez lui cette façon de faire vivre à la fois quelque chose d’intemporel, un reflet direct de l’essence de la pêche si une telle chose existait, tout en y mettant un soupçon de cette couleur milieu de siècle, qui sent bon le vieux livre de poche, les films en noir et blanc de la télé de mon enfance, un monde disparu à peine, mais assez proche pour qu’on le sente juste là, sous la surface du temps.

 

Et toujours il s’arrêtait au même endroit. Là, sous un grand saule surplombant l’eau, des centaines d’ablettes jouaient dans le miroitement des vagues; entre deux eaux, quelques vengerons musardaient; tout au fond, contre les pilotis, vestiges d’une ancienne cité lacustre, trois perches étaient tapies; mais aussi, dédaigneux et trapu, un gros chevesne, lentement, longeait la rive.

Et ce chevesne là, le gamin, à plat ventre dans l’herbe, le regardait comme un chat épie un oiseau !

Il le voulait, le voulait furieusement ! Il ne savait comment il le prendrait, mais il voulait le prendre pour courir tout au bout de la Pointe attendre les pêcheurs, “son” poisson au  poing ! (…)

Avant propos de La pêche et les poissons de rivière, Hachette, Paris, 1955.

 

Robson Green est-il un héros?

On peut difficilement imaginer un titre plus américain dans l’âme que celui de la série “Extreme Fishing”. Le générique aussi serait assomant de yankeetude, s’il ne commençait par une mise en scène du personnage central dans la grande tradition brittonne : charmante, bucolique et légèrement autodérisoire.

Et si quelque chose sauve cette série, c’est bien l’autodérision. Ballade légèrement surréaliste d’un jordie de Newcastle-upon-Tyne à travers les myriades de facettes de la pêche, Extreme Fishing garde contact avec le côté pathétique de la poursuite des poissons à l’aide d’une ligne, la frustration, la démesure, la bredouille lamentable et la joie hystérique, toutes ces postures familières du vrai pêcheur. Et même si le côté touristique est souvent pontifiant, et même si d’un épisode à l’autre l’enthousiasme de Green tend à se stéréotyper parfois, la série reste un petit bijou parce qu’au fond, après le montage, il reste encore assez de situations atypiques et de moments où plus personne ne contrôle vraiment les choses pour que le vrai talent de l’équipe et l’humanité du personnage transparaissent.

Et puis on a quand même droit à des moments de pure pêche. Le fishporn à son meilleur.

side project(s) – épisode 1 : blank/action

Allez, je vous raconte l’histoire du petit fleuret mentionné plus bas.

J’avais décidé que qu’il me manque une canne. il me faut qualque chose pour les petits leurres souples, quelque chose de très tactile, très fin. je me suis décidé pour un blank MHX (c’est la rage en ce moment à propos de ces baguettes, tout le monde en dit du bien).

S842-2, pour les intimes : 7′, 4-8 lb, 1/16- 5/16 oz, c’est-à-dire en mesure civilisées (décimales) : 2m13, 1.75-8.75 grammes. c’est une très belle tige que j’ai reçue, commandée chez Rodhouse, le bon endroit quand on monte en France.

Histoire de me chauffer un peu avant de monter la s842, je me suis dit, hop ! montons un petit lance ultra léger pour le fiston, histoire qu’il se fasse des sensations sur les perches et les chevesnes. Ne suis-je pas un père exemplaire ? Avide de transmettre à son fils les virus les mieux choisis pour faire de lui un être socialement intégré… la pêche, la danse classique, la bonne littérature.

J’avais mis la main sur un blank assez sympa pour ce programme : un fouet pour soie #3 de 6’6″ en trois brins (vive le sac à dos). Je l’ai touché sur ebay (US), à peine plus que le prix des frais de port. je voudrais mentionner le vendeur, parce que le gars est exceptionnel :

1) il donne les mesures CCS (correctes) de ses blanks et

2) lorsque je lui ai signalé que le blank reçu (très vite) était légèrement tordu (ça arrive souvent sur le no name super cheap) il s’est excusé et m’en renvoie un autre direct à ses frais. là je dis respect. il s’appelle Roger Penrose (mais je ne crois pas qu’il soit physicien ^_^). On le trouve sur ebay.com. Je conseille.

Toujours est-il que je me retrouve avec un blank de rab, alors je me dis tiens, et si je faisait un autre ultra léger pour le neveu qui est aussi un mordu enragé. Bien. Je fouille dans les placards, et je trouve une vieille série de fujis bipattes BNLG avec un top BPOT plus ou moins assorti, un porte moulinet alu noir pour fouet, quelques anneaux de liège, et c’est parti.

l’action du blank est plutôt de pointe : AA = 73, mais avec un ERN de 3,86, il est très très léger.

Nu, il est très sympa, presque en apesanteur, très ‘crisp’ comme on dit en anglais, nerveux et facile à sentir. Le truc fin quoi, avec lequel une perche de 30cm donne des sensations de carangue.

je monte les anneaux pour un test 25/16/12/8/6/6/6/6

làs… mes gros bipattes pèsent une tonne, et me font d’un fleuret une nouille molle,

Bon. Comme je ne vais pas racheter des anneaux pour ce projet là, je me fâche, et aux grands maux les grands remèdes, je vire deux anneaux pour alléger. je me retrouve donc en 16/12/8/6/6/6, avec un joli problème de positionnement des anneaux. après des heures de bidouille, je finis par trouver quelque chose qui me plaît en repoussant les anneaux de réduction assez haut sur la canne et en espaçant les running régulièrement.

Test de la distribution des anneaux

… à suivre.