Duborgel

Il y a chez lui cette façon de faire vivre à la fois quelque chose d’intemporel, un reflet direct de l’essence de la pêche si une telle chose existait, tout en y mettant un soupçon de cette couleur milieu de siècle, qui sent bon le vieux livre de poche, les films en noir et blanc de la télé de mon enfance, un monde disparu à peine, mais assez proche pour qu’on le sente juste là, sous la surface du temps.

 

Et toujours il s’arrêtait au même endroit. Là, sous un grand saule surplombant l’eau, des centaines d’ablettes jouaient dans le miroitement des vagues; entre deux eaux, quelques vengerons musardaient; tout au fond, contre les pilotis, vestiges d’une ancienne cité lacustre, trois perches étaient tapies; mais aussi, dédaigneux et trapu, un gros chevesne, lentement, longeait la rive.

Et ce chevesne là, le gamin, à plat ventre dans l’herbe, le regardait comme un chat épie un oiseau !

Il le voulait, le voulait furieusement ! Il ne savait comment il le prendrait, mais il voulait le prendre pour courir tout au bout de la Pointe attendre les pêcheurs, “son” poisson au  poing ! (…)

Avant propos de La pêche et les poissons de rivière, Hachette, Paris, 1955.

 

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