Wilderness

Bob Wyatt enseigne l’histoire de l’art et c’est un grand pêcheur à la mouche.

Un pêcheur de truites des Rocheuses américaines, des lochs des Highlands écossais, des rivières magiques de la Nouvelle-Zélande, bref un coureur des quelques très beaux endroits où l’on peut faire voler sa soie en oubliant l’écrasante présence de l’humanité.

Un jour, il a eu la bonté de me faire parvenir son livre Trout Hunting, qui est un très bon livre pour ceux qui veulent à la fois apprendre quelque chose qui serait utile au bord de l’eau, ou à l’étau de montage, tout en prenant du plaisir à lire quelqu’un qui pense et écrit bien. Voici quelques lignes de l’introduction, que je vous traduis à la volée :

Nous pêchons pour le plaisir, et les aspects esthétiques de la pêche à la mouche sont une source de ce plaisir profonde et fiable. En plus d’être essentiellement non compétitive, la pêche à la mouche est si tranquillement élégante qu’il est difficile et très maladroit de la classer parmi les sports, et ce n’est certainement pas un jeu. En dépit du fait qu’on l’a souvent dite telle, elle n’a jamais atteint le statut d’art — enfin, jusqu’à présent, alors que par ses buts elle se rapproche véritablement de la condition de l’art. Par définition, l’art est dans son histoire une affaire de forme esthétique dépourvue de finalité, sans usage pratique. Maintenant que nous ne tuons plus que rarement un poisson sauvage, les résultats de la pêche du jour ne sont certainement plus matériels, quand ils ne sont pas complètement intangibles et fugitifs.

(…)

Malheureusement, c’est une part de la condition humaine que d’être incapable de retrouver l’innocence perdue, la chasse cependant — et la pêche à la mouche est certainement une forme de chasse — nous ramène peut être bien au plus proche de cet état originel. L’attrait de la pêche à la mouche est si manifeste et grandit si vite qu’on pourrait imaginer la terrifiante situation où il y aurait simplement trop de pêcheurs à la mouche, comme dans la scène de pêche de On the Beach. C’est déjà le cas sur des eaux recevant une grande publicité, où parfois il semble qu’elles soient en danger d’être aimées à mort, et il ne reste presque plus aucun bon coin qui ne soit déjà découvert. Il y a encore des endroits où on peut se perdre parmi les ours, mais les ours sont de plus en plus habitués à vivre de nos restes. Le monde change vite, et il y en aura toujours qui veulent avoir leur part avant que tout ait disparu. Nous autres, qui généralement devons pêcher derrière quelqu’un, il se pourrait que nous nous rendions compte que l’expérience de la véritable sauvagine est inaccessible, et que la condition originelle perdue n’est pas un coin préservé d’Eden  à portée de richesse et d’hélicoptère, mais en réalité une mentalité et un esprit.

Bob Wyatt, Trout Hunting, The pursuit of happiness,
Swann Hill Press, 2004.

Les derniers mots ne sont pas facile à rendre en français : “a state of mind and a spirit”. Etat d’esprit d’un côté, c’est à dire une certaine manière de penser, et esprit de l’autre, au sens où on parle de l’esprit français (anglais ou belge comme vous voudrez) : un certain souffle, une manière d’être et de ressentir, la version laïque de l’âme en fait.

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2 thoughts on “Wilderness

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